Ce jeudi 11 juin 2026, la 23e Coupe du Monde de football masculin a démarré à Mexico par une victoire du Mexique sur l’Afrique du Sud. Malheureusement, cette édition a pour l’instant plus fait parler d’elle à cause de l’extra-sportif que grâce au ballon rond. Après une édition 2022 déjà catastrophique sur le plan éthique (décès de plusieurs milliers d’ouvriers sur les chantiers, majoritairement des travailleurs étrangers exploités ; empreinte carbone doublée par rapport aux éditions précédentes, en partie à cause des stades climatisés ; droit des femmes et des minorités sexuelles), marquée par de nombreuses tentatives de boycott, l’édition américaine de 2026 fait déjà pire sur bien des aspects.
Les Etats-Unis s’enfoncent dans le fascime
Depuis le début du second mandat de Trump, la démocratie de la première puissance mondiale, déjà mal en point, glisse franchement vers le fascisme. Forcément, accueillir l’évènement sportif le plus suivi au monde avec les Jeux Olympiques d’été attise les appétits du régime. Dès décembre 2025, la FIFA invente un « Prix de la paix » remis par Gianni Infantino à Donald Trump, pour le consoler de ne pas avoir remporté le prix Nobel. Dans le même temps, Trump menait une guerre interne contre tous les étrangers (ou perçus comme étrangers) installés ou en visite dans son pays, via les milices de l’ICE.

La guerre, Trump va également la mener sur son continent, en attaquant le Venezuela (et en kidnappant son président) ou en menaçant le Canada (co-organisateur du mondial), et sur d’autres continents, notamment en attaquant l’Iran en février 2026. La guerre en Iran se poursuit, alors que l’équipe iranienne est qualifiée pour le mondial. Après des semaines d’incertitude, leur participation est finalement bien confirmée. Mais 5 membres de leur délégation se sont vus refuser leurs visas et ne pourront accompagner la sélection, amputée notamment de son manager et de 2 analystes. De plus, bien que jouant tous ses matchs de groupe aux USA, la sélection n’est pas autorisée à rester sur le territoire et a établi son camp de base à Tijuana, au Mexique.
Il n’est cependant pas nécessaire d’être iranien pour se voir refuser l’accès au sol états-unien. Breel Embolo en a fait les frais, se voyant barrer l’accès à l’avion qui emmenait la sélection suisse à San Diego. Il a finalement pu rejoindre ses coéquipiers 3 jours plus tard. Une fois arrivés, d’autres ont dû subir un accueil humiliant. Aymen Hussein, attaquant star de la sélection irakienne, a été interrogé durant 7 heures à l’aéroport de Chicago. Le photographe de cette même sélection a lui été renvoyé chez lui après avoir été retenu 12 heures à l’aéroport, malgré un visa valide et une accréditation de la FIFA. La sélection sénégalaise a été fouillée au corps et passée au détecteur de métaux dès la sortie de l’avion, à même le tarmac, avant de pouvoir atteindre le bâtiment de l’aéroport. Enfin, le somalien Omar Artan, meilleur arbitre africain en 2025, a été renvoyé chez lui malgré des papiers en règle. Réaction de la FIFA ? Aucune. Réaction des autres participants au mondial, en particulier des autres arbitres ? Idem. Sans oublier le cas de nombreux supporters qui se voient refuser leurs visas, alors qu’ils ont déjà engagé des frais extrêmement importants. Et pour les supporters locaux issus des diasporas d’Amérique latine, le risque de rafle par l’ICE les soirs de match reste bien présent.
Un désastre écologique et social
Alors que le dossier d’attribution promettait la Coupe du Monde la plus verte, la réalité sera bien différente. Le record d’émissions carbone avait déjà été explosé en 2022, mais la Coupe du Monde 2026 sera de loin la plus polluante de l’histoire avec 8 à 9 millions de tonnes de carbone selon les estimations (3,6 millions en 2022). Niveau records, ils seront également au rendez-vous du côté du prix des billets. Comptez environ un tarif 10 fois plus élevé pour le billet le moins cher par rapport à l’édition 2022, que ce soit pour le match d’ouverture, la phase de groupe ou la finale. Ainsi, pour la finale, le billet le moins cher proposé à la vente est à plus de 2.000$. Seulement si vous avez réussi à l’acheter lors de la mise en vente par la FIFA, car les revendeurs font également gonfler les prix. Le dossier pour l’organisation promettait « la Coupe du monde la plus lucrative de l’histoire », cette promesse là est tenue.
A tel point que le format même des matchs de football, 2 mi-temps de 45 minutes, est revu. Des pauses fraîcheurs au milieu de chaque mi-temps sont instaurées. Officiellement, pour ne pas mettre les organismes des joueurs à trop rude épreuve au Mexique et au sud des Etats-Unis. Officieusement, cela permet d’ajouter 2 coupures pubs supplémentaires par match. D’ailleurs, dès le match d’ouverture, la pause fraîcheur a été rallongée car la pause publicitaire n’était pas terminée sur la Fox.
La FIFA est enchantée de ces nouvelles rentrées d’argent et ne trouve rien à redire sur le plan sociétal. Globalement, elle cautionne Donald Trump et sa politique, Gianni Infantino allant jusqu’à louer des bureaux dans la Trump Tower, qui sont restés en majorité inutilisés pendant des mois, mais dont les loyers ont eux bien été payés à la famille Trump. En revanche, Haïti a été priée de retirer de son maillot toute mention de la bataille de Vertières, évènement fondateur de son indépendance de la France, jugé trop politique par la FIFA.
Ce Mondial n’est pas une exception
L’histoire de la Coupe du Monde est intrinsèquement liée aux régimes autocratiques. Dès sa deuxième édition, son organisation était confiée à l’Italie de Mussolini qui en fit un outil de propagande. En 1978, c’est Videla, le « Hitler de la Pampa », à la tête de la junte militaire en Argentine, qui remet la coupe à Passarella, capitaine de sa sélection nationale qui remporte le tournoi. Plus récemment, l’organisation a été attribuée à la Russie de Poutine sans sourciller. En 2013, Jérôme Valcke, à l’époque secrétaire général de la FIFA, déclarait lors d’une conférence au siège de l’organisation : « Je vais dire quelque chose de fou, mais un moindre niveau de démocratie est parfois préférable pour organiser une Coupe du monde ».
Le dilemme pour l’amateur de football peut être compliqué. La Coupe du Monde reste un événement exceptionnel, n’ayant lieu qu’une fois tous les 4 ans. Un évènement souvent ancré dans l’attachement à ce sport, constituant pour beaucoup parmi les premiers grands souvenirs de football enfant. Cela représente également un des rares moments qui semblent encore rassembler une grande partie de la population. Pendant un mois, même les personnes n’ayant aucun intérêt pour ce sport connaissent les résultats, regardent parfois quelques matchs, participent au concours de pronos au travail.
Mais regarder ce mondial, c’est cautionner tout ce que nous venons de rappeler. La FIFA nous a volé notre sport, mais ne pas boycotter cette édition américaine, c’est se laisser voler son éthique et sa morale. Aucun changement n’adviendra tant que la majorité continuera de consommer le mondial sans critique ou contestation manifeste. Heureusement, Rodrigue n’est pas là que pour donner des leçons mais sait aussi proposer des solutions ! Alors voici toutes nos propositions d’activités à faire plutôt que regarder la Coupe du Monde.
Comment s’occuper si on boycotte la Coupe du Monde ?
Lectures sur le football
Pour se rassurer, voici une sélection de quelques ouvrages qui permettent de voir comment on est arrivé là mais surtout qu’un autre football est possible :
- Une Histoire populaire du football de Mickaël Correia
- Ce que le football est devenu: trois décennies de révolution libérale de Jérôme Latta
- Atlas du football populaire de Yann Dey-Helle
- Rodrigue, je sais pas si vous connaissez
Suivre d’autres compétitions
Si vous ne pouvez pas vous passer de football, tous les championnats ne s’arrêtent pas pendant le mondial. Chez les femmes, la Primera División A, le championnat argentin, se joue jusqu’au 19 juillet pour l’Apertura. River Plate, qui n’a plus gagné depuis 2017, est en tête, mais ne compte qu’un point d’avance sur San Lorenzo et le Racing.
Chez les hommes, le championnat irlandais se poursuit tout l’été. Les Shamrock Rovers FC (membres du SRFC multiverse) sont en tête et favoris pour conserver leur titre, mais viennent de subir 2 défaites de rang qui relancent le suspense. C’est également l’occasion de surveiller les qualifiés européens qui pourraient affronter le Stade Rennais à la rentrée s’ils passent les barrages.
Suivre d’autres sports
L’été, c’est l’occasion de faire un petit break de football et de suivre d’autres sports. Le cyclisme en premier lieu, évidemment. Ce week-end se tiennent les 2 dernières étapes du Tour Auvergne-Rhône-Alpes, où Paul Seixas ambitionne la victoire. Ce sera ensuite le Tour de Suisse, avant le Tour de France qui démarre le 4 juillet pour les hommes et le 1er août pour les femmes.
Pour les plus curieux, c’est l’occasion de découvrir le football gaélique. Le sport national irlandais tient sa grand messe annuelle depuis fin mai : le All-Ireland. Ce tournoi regroupe les sélections de tous les comtés d’Irlande (unifiée, incluant l’Ulster) et est le plus important de la saison. Le premier tour a eu lieu fin mai et le second se déroule ce week-end. La grande finale se déroulera à Croke Park, devant 80.000 personnes, le 26 juillet. Pour les Rennais, le Westport Inn devrait diffuser certains matchs.

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